(Chose vue) L’homme et l’enfant dans le supermarché. Dans la file stationnée à quelques mètres du tapis roulant qu’actionne le pied invisible de la caissière. Un à un, elle passe les codes barres devant la vitre qui abrite le rayon rouge et émet un son aigu à chaque fois que la machine reconnaît l’une ou l’autre des informations absconses. L’enfant répète après la machine. L’enfant imite la machine et se fait sermonner par l’homme qui lui intime l’ordre de se taire. L’homme dit à l’enfant de ne pas imiter la machine. L’enfant se tait. L’enfant tourne autour de l’homme encombré : il tient dans une main une serviette en cuir noir et de l’autre un panier en plastique vert rempli de provisions, enfin, une sacoche en tissu synthétique en bandoulière. L’homme demande à l’enfant d’arrêter de remuer. L’enfant cesse. Elle se tient coite à la droite de l’homme. Entre l’homme et l’enfant, le panier à provisions qui ne contient rien de fameux. De la nourriture utilitaire. Sans intérêt. Pas de chocolat. Ni de pâte à tartiner. L’enfant demande à l’homme qui dit non avant que l’enfant n’ait terminé sa phrase. L’homme débute un discours pénible. Il est question de dentition, de légumes, de poids idéal. L’enfant n’écoute plus l’homme mais regarde, derrière eux, un rayon achalandé de stylos, cahiers et autre matériel de bureau. Dont une splendide petite corbeille à papier rouge sur laquelle est dessiné, en noir et blanc, un petit garçon en-dessous duquel l’enfant déchiffre l’inscription Le petit Nicolas.
vendredi 29 mai 2009
mercredi 27 mai 2009
(Chose vue) Dans la rue l’homme et l’enfant se toisent l’un l’autre et ne marchent pas. Ni l’homme, ni l’enfant. L’enfant est les deux poings très serrés, les bras le long du corps. L’homme, les deux bras de l’homme brassent l’air de la ville de ses deux grands bras. Les deux bras de l’homme font de larges mouvements. L’homme montre à l’enfant un côté de la rue puis l’autre et les voitures qui filent à toute allure. Les veines temporales mauves de l’homme grossissent à mesure que les ongles de l’enfant s’enfoncent dans ses petites paumes. L’homme gronde l’enfant. L’homme crie. La femme ne criait pas. L’homme apprend à se comporter avec l’enfant. L’homme manque de tendresse envers l’enfant qui le lui rend bien. L’enfant se renfrogne et répète qu’elle n’est pas un enfant. L’homme dit le contraire. L’homme dit à l’enfant qu’il est un enfant et qu’il est l’homme. L’enfant doit écouter l’homme. L’enfant doit faire ce que dit l’homme. L’enfant a peur et acquiesce. L’enfant ment mais l’homme ne le sait pas. Les bras de l’homme ne sont plus menaçants et les poings de l’enfant ne se desserrent pas. Les ongles s’enfoncent petit à petit dans le creux des mains de l’enfant. L’enfant sent battre le sang dans ses mains, n’ouvre pas les mains et refuse la main de l’homme qui lui tend la sienne. L’homme sourit, prononce quelques phrases apaisantes et propose encore sa main. L’enfant refuse la main de l’homme. L’homme pousse l’enfant d’un geste vif, l’homme fait vaciller l’enfant et l’oblige à marcher.
(Chose vue) L’homme et l’enfant sur le quai de la gare face au train gris dont les portes se ferment. L’homme et l’enfant font un signe vers la femme qui. Ils voient leurs reflets dans la vitre du train et agitent leurs mains vers la femme. L’homme et l’enfant restent à quai et elle dans le train peut-être elle les regarde. L’homme et l’enfant ne savent pas. L’homme et l’enfant ne voient pas la femme dans le train et l’homme et l’enfant ne savent pas quoi faire de leurs deux mains entrelacées. Depuis longtemps l’homme et l’enfant perdaient. L’homme et l’enfant ne sont pas habitués d’être main dans la main. Tu viens, dit l’homme à l’enfant. À l’enfant qui sait n’avoir guère le choix. L’enfant laisse sa main traîner dans celle de l’homme et le suit sur le quai, dans le hall puis les escaliers mécaniques vers les souterrains métropolitains et l’autre quai ; enfin la rame dans laquelle ils s’assoient. L’un à côté de l’autre. L’enfant regarde l’homme qui regarde à travers la vitre les tunnels décorés de quelques tags. L’homme compte les néons, et ne sait toujours pas combien de tubes parcourent l’ensemble des cent-soixante-trois kilomètres métropolitains. L’enfant ne compte pas les stations et l’homme ne lui indique pas le nom de la station où ils descendront. L’homme pense que l’enfant sait. L’enfant ne sait pas. L’enfant ne connaît pas le prénom de l’homme. L’enfant fait confiance à l’homme. La femme confiait l’enfant à l’homme. La femme fait confiance à l’homme, l’enfant croit en l’homme.