samedi 29 novembre 2008

On a une confiance illimitée en la vie. Tant qu'on ne tombe pas gravement malade, on croit que cela n'arrivera pas. Qu'on ne tombera pas malade. Qu'on ne mourra pas. Plus exactement, tout en sachant que cela forcément arrivera, on ne peut pas se projeter dans cette certitude. On ignore, avec une facilité déconcertante, la certitude de la mort.
La maladie de A. te renvoie à ce que tu pourrais devenir si le temps continuait sur toi à faire son œuvre. La maladie de A. est une image possible bien qu'exacerbée de la vieillesse, plus exactement de la tienne.
Tu n'aimes pas voir les malades de A.
tu n'aimes pas les voir marcher
les voir trébucher
les voir balbutier
les voir baver
les voir mâcher ou s'asseoir ou se tenir ou s'évertuer
parce qu'à travers eux c'est toi que tu vois
c'est toi que tu vois décliner
et mourir.

Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p.80-81. Éditions Verticales, ISBN 978.2.07.078531.5 16,50 €

Je remarque non sans une certaine déception que les livres des éditions Verticales ne sont labellisés Imprim'vert mais constate à la lecture de ces pages comme des précédentes ou des suivantes que je suis un lecteur heureux.

Pourtant

Je croyais que tu ne voulais pas ce
Oui

Le jour était gris et lent et difficile dans les recoins mais



lundi 24 novembre 2008

(Chose vue) L’enfant et la femme debout sur le long quai gris bruyant sur lequel elles sont bousculées par les passants et leurs valises. L’enfant tient fort la main de la femme. L’enfant craint d’être avalée par la foule. L’enfant ne dit rien à la femme dont le visage est fermé, les sourcils froncés et les yeux inquiets. La femme cherche quelque chose. La femme regarde un large panneau dont les inscriptions changent souvent. Les différents panneaux noirs sur lesquels sont gravés des caractères blancs roulent à toute vitesse sur eux-mêmes avant de ralentir et de s’arrêter sur des lettres qui sont des noms de villes que l’enfant ne connaît pas. Les roulements des caractères, l’enfant, si elle fermait les yeux, penserait peut-être à l’envol d’un groupe d’oiseaux. L’enfant ne ferme pas les yeux. L’enfant craint de perdre la main de la femme si elle ferme les yeux. La femme brusque l’enfant et la tire dans une direction puis une autre. La femme hésite. La femme dit à l’enfant de se presser. La femme dit à l’enfant le retard. La femme dit à l’enfant que l’homme restera avec l’enfant. L’enfant ne veut pas rester avec l’homme. L’enfant préfère être avec la femme L’enfant aime l’homme mais pense que l’homme il n’aime pas l’enfant. L’enfant ne dit pas que peut-être elle a peur de l’homme. La femme lâche la main de l’enfant. L’homme prend la main de l’enfant. L’homme et l’enfant se taisent et regardent monter dans le train la femme qui fait un salut de la main à l’homme et à l’enfant.

dimanche 23 novembre 2008

(Chose vue) Les sirènes retentissent dans toute la ville et devant la double porte close de l’école. Elles modulent une même note qui monte et descend, et se rehausse et rechute et. Cela dure quelques minutes. La tonalité est entrecoupée par quelques secondes de silences ; et c’est comme ça tous les mois. Chaque premier mercredi de chaque mois les sonneries de l’école rivalisent mal avec les sirènes de la ville. La femme appuyée le dos contre le lampadaire regarde émerger les enfants de l’école. Les enfants hurlent et la femme cherche parmi toutes les têtes celle de l’enfant. Les enfants déferlent et se déversent, à toute vitesse, sur le trottoir si vite et si fort que le second battant de la lourde porte d’entrée en bois sombre cède sous l’épais flot d’enfants. La femme regarde les enfants se disperser vers des hommes et des femmes qu’ils embrassent ou non, desquels ils prennent ou non les mains. La femme constate le flux d’enfants se tarir. La femme remarque une hiérarchie dans ce déferlement : les petits aux cartables rectangulaires épais et lourds sont plus rapides que les grands dont les sacs à dos plus légers tiennent sur une seule épaule, la droite le plus souvent. La femme regarde l’enfant qui se dandine. L’enfant court vers la femme, les pouces à hauteur des aisselles et calés sous les bretelles du cartable. La femme est heureuse. La femme retrouve l’enfant. La femme embrasse l’enfant. La femme prend la main de l’enfant. La femme caresse la tête de l’enfant. Ça va ?

jeudi 13 novembre 2008

(Chose vue) La femme et l’enfant sont toutes les deux assises sur le rebord du quai joliment empierré. La femme et l’enfant sont assises. Les quatre jambes de la femme et de l’enfant se balancent en cadence au-dessus de l’eau, à quelques mètres des voiliers alignés dans le port de plaisance. La femme et l’enfant écoutent les clapotis de l’eau contre le béton, les klaxons des voitures et crissements des pneus dans la rue, les claquements des pieds sur le quai. La femme et l’enfant sont le dos à la ville éclairée. L’enfant est fatiguée mais les choses à regarder ici sont belles. L’enfant ne dit pas à la femme qu’elle voudrait s’allonger, dormir. La femme regarde alternativement l’horizon et l’enfant. La femme demande à l’enfant si ça va. L’enfant répond qu’elle n’a pas froid, qu’elle est heureuse de regarder la lune comme de l’argent se refléter dans la mer d’huile noire à leurs pieds. L’enfant ne le dit pas avec ces mots. L’enfant dit : la lune brille et elle est belle dans l’eau. La femme est heureuse. L’enfant laisse divaguer son imagination. Il est très vite question de fées. L’enfant demande à la femme d’expliquer les taches sombres sur face lunaire. La femme tente quelques explications hasardeuses auxquelles l’enfant souscrit. L’enfant ne remet pas en question les choses que la femme dit. La femme dit toujours vrai. L’enfant ne sait pas que la femme peut mentir. L’enfant regarde de tous ses yeux le ciel la lune et la mer qui ondulent aux pieds de la femme et de l’enfant.

mardi 11 novembre 2008

(Chose vue) La femme et l’enfant marchent dans la rue en pente et pavée. La femme tient la main de l’enfant. L’enfant trébuche et glisse sur les dalles humides. La femme tient fermement l’enfant, l’empêche de choir. De son autre main, la femme tient un parapluie à l’aide duquel elle essaie, en vain, de protéger l’enfant de la pluie. L’enfant, la tête de l’enfant, disparaît sous la capuche de son parka jaune vif. L’enfant porte un vêtement d’adulte : un ciré jaune vif plus ou moins adapté à la taille de l’enfant. Les manches sont retroussées pour permettre aux deux mains de l’enfant d’émerger, tenir la main de la femme, et de l’autre main, la gauche, le cartable à roulettes bleu et rose qui brimbale derrière la femme et l’enfant. L’enfant tire le cartable. L’enfant peine. Le cartable ventru est trop lourd pour l’enfant. La femme tire l’enfant qui traîne le cartable à roulettes. La femme abaisse sa tête en direction de l’enfant et parle d’un ton sec. La femme gronde l’enfant. L’enfant ne marche pas assez vite, dit la femme. L’enfant pourrait faire un effort. La femme dit à l’enfant de se dépêcher. La femme dit qu’elle aussi elle est mouillée, qu’elle a froid. La femme dit à l’enfant que moins l’enfant marchera vite plus la femme et l’enfant seront mouillées et la femme en colère contre l’enfant. L’enfant pleure. L’enfant crie à la femme. L’enfant n’y est pour rien s’il pleut, si les roulettes du cartable ne sont d’aucune efficacité sur les pavés mouillés de cette rue en pente.

vendredi 7 novembre 2008

mercredi 5 novembre 2008

L’instant perpendiculaire, la station debout et toi allongée dans le lit. Toi nue dans le lit avec ton corps recouvert par la couverture et moi très habillé avec les chaussures lacées et presque je suis parti déjà. Je t’embrasse. Je caresse ton visage, ma main sur ta tête, ta joue, je te respire ; tu sens la nuit, le calme du sommeil. Tu sens bon. Je m’éloigne et tu demandes de t’embrasser encore. Si je veux bien, moi debout dans la pièce avec mes chaussures, t’embrasser encore. Je t’aime vraiment bien, dis-tu.