mercredi 30 janvier 2008

(Chose vue) La femme et l'enfant dans le train. D'abord, la femme et l'enfant sur le quai de la gare. La femme, encombrée par la valise avec les roulettes et la main de l'enfant dans l'autre main de la femme. Les roulettes de la valise que la femme tire vrombissent et l'enfant elle pense aux mouches et aux voitures. Les voitures stoppées par les sémaphores comme les mouches au bord tout à fait de la table ; elles vrombissent avant le démarrage, le décollage. La femme la main de l'enfant dans son autre main et dans la main de la femme la valise et les billets de train qu'elle abîme de trop serrer la poignet de la malle dont les roulettes ronronnent sur le sol macadamisé noir du quai de la gare. La femme tire la valise et pousse l'enfant ; elles marchent vite jusque la voiture cinq du TGV 5689 et le quai est encombré de jeunes gens harnachés de sacs à dos et paire de skis sur les épaules. La femme sent la transpiration s'accumuler sous ses aisselles et l'enfant ressent la pression plus forte de la femme. La femme presse trop fort la main de l'enfant. La femme fait mal à l'enfant qui refuse d'avancer. La femme fait mal à l'enfant. La femme craint de rater le train numéro 5689. La femme s'arrête sur le quai et s'accroupit face à l'enfant qui commence de pleurer en silence. Des larmes roulent sur les joues rebondies de l'enfant ; en silence. La femme présente ses excuses à l'enfant. La femme explique à l'enfant. Il faut se dépêcher sinon la femme et l'enfant manqueront le train.

(Chose vue) L'enfant tient fort dans sa petite main la grande main de la femme. La main de l'enfant ne parvient à enserrer celle de la femme. La main de la femme déborde de celle de l'enfant. La main de la femme entoure tout à fait celle de l'enfant. Le pouce de la main de la femme effleure sans peine ses index et majeur. La foule grossit à vue d'œil et l'enfant serre plus fort la main de la femme. La femme sent la pression de la main de l'enfant dans la sienne. Sa main gauche. L'enfant son horizon se bouche au fur et à mesure que les corps se pressent les uns contre les autres. Ils ne voient pas l'enfant. Les corps bousculent l'enfant. L'enfant serre la main de la femme. La femme n'est oppressée par les corps : la femme ne se rend pas compte. L'enfant serre à lui faire mal la main de la femme et n'est plus très assurée de souhaiter se rendre au cinéma. La femme sourit. La femme regarder au-delà des corps serrés les uns contre les autres ; la femme devine un univers imperceptible pour l'enfant. L'enfant questionne la femme. La femme se penche et répond à l'enfant. Bientôt, nous rentrerons. L'enfant le pressent. L'enfant est cognée par les cuisses et les genoux des corps, l'enfant sait que la masse se meut. L'enfant et la femme font quelques pas. La femme tient la main de l'enfant et la femme est distraite, elle sourit. L'enfant voit le sourire de la femme. L'enfant voit bien les rides perpendiculaires à la bouche rouge de la femme se dessiner avec le mouvement de sa bouche.

jeudi 24 janvier 2008

(09:01) Le courrier de Wyncote, PA il est question de dentiste et de crocs en acier à affuter sévère en vue de.
Wyncote, PA, se trouve désormais à Philadelphia, PA.
Je ne connais plus l'adresse de Wyncote, PA, depuis que Wyncote, PA se trouve à Philadelphia, PA.
Je ne suis encore jamais allé à Philadelphia, PA.
(18:32) Elle est belle la lune derrière, là. Elle est plein, oui ?

mardi 15 janvier 2008

Le quinze janvier l'anniversaire de. Molière plus joué Français. Jean-Baptiste quinze janvier mille six-cent-vingt-deux. Le quinze janvier pas l'anniversaire de. quinze janvier est l'anniversaire de et c'est. quinze janvier n'est pas comme un tapis rouge mais rose et plus grande que. café, dans le sac, deux livres. Puis salut aux Halles (09:13) à l'entrée de.

mercredi 9 janvier 2008

« l’essentiel c’est pas de savoir si on a tort ou raison. Ça n’a vraiment pas d’importance… ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous… le reste c’est du vice »

Mort à Crédit – L.F. Céline

[...]

Il dit :

Let’s play some expensive jazz.

Il dit ça.

L’homme est noir, grand ; très gros aussi. Il est assis derrière la batterie et il regarde la saxophoniste. L’homme noir, il sourit. L’homme noir il sourit à la jeune saxophoniste.

La jeune saxophoniste est petite, blanche ; très mince aussi.

Il dit ça :

Let’s play some expensive jazz.

Il dit ça.

Et la jeune saxophoniste

esquisse

un sourire. Elle se tient debout.

Elle.

Elle est calée sur ses deux jambes.

Elle est droite.

Ses deux pieds sont écartés l’un de l’autre ; elle est en prise avec le sol la jeune saxophoniste.

Ses chaussures sont noires et fines.

Les chaussures noires de la jeune saxophoniste sont très fines et dans ses deux pieds elle ressent les vibrations émises par la musique.

Celles de l’homme noir face à la batterie.

Celles de l’homme blanc derrière elle assis sur un haut tabouret une contrebasse entre les jambes.

Celles de l’homme blanc à droite et de dos dont les doigts enfoncent des touches blanches et noires elles actionnent les marteaux des cordes du piano.

L’homme blanc à droite frappe les touches en ivoire noires et blanches et il se contorsionne sur le banc posté devant le bloc droit et marron : le piano. L’homme blanc à droite et de dos face au piano et l’autre homme blanc derrière assis sur le haut tabouret la contrebasse entre les jambes ils n’entendent pas l’homme noir et gros derrière la batterie dire ça :

Let’s play some expensive jazz.
[...]

lundi 7 janvier 2008

(Chose vue) La femme est avec l’enfant. La femme sourit. La femme, elle aime l’enfant. L’enfant, elle est la fille de la femme. La femme acquiesce. L’enfant raconte à la femme comment la mer est grande, bruyante. L’enfant dit à la femme que la mer est bleue et en mouvement. L’enfant dit : la mer, elle bouge tout le temps. La femme ne sait pas pourquoi, la mer, elle bouge tout le temps d’avant en arrière. Je ne sais pas, dit la femme à l’enfant qui la questionne. L’enfant s’amuse devant la mer et la femme regarde l’enfant les pieds nus. Les pieds de l’enfant s’enfoncent dans le sable de la plage. L’enfant a froid, un peu. La femme se tient accroupie à côté de l’enfant. La femme et l’enfant, toutes deux, elles regardent la mer. La femme et l’enfant aiment le ressac. La femme apprend le mot ressac à l’enfant. L’enfant répète le mot, lentement. L’enfant dit ressac. La femme dit ressac. La femme dit : le ressac est une forme de vague. La femme dit : le ressac c’est le tour sur elle-même que fait la vague lorsqu’elle se brise. L’enfant écoute la femme et opine du chef. L’enfant regarde la mer et le rouleau blanc d’écume d’une autre façon maintenant. L’enfant dit encore une fois, plus vite, ressac. La femme s’assied dans le sable et dit à l’enfant de se rechausser parce qu’elle va prendre froid. L’enfant ne veut pas tout de suite enfiler les chaussures. Elle veut jouer encore avec le sable sur ses pieds. La femme n’insiste pas et hausse les épaules. D’accord dit la femme à l’enfant.

mercredi 2 janvier 2008

I have no money, no resources, no hopes, I am the happiest man alive.
Henry Miller -