mardi 27 novembre 2007
(Chose vue) La femme regarde l’enfant. L’enfant regarde la femme. La femme et l’enfant tiennent chacune un livre ouvert entre leurs mains. Dans la librairie, Olivia Rosenthal donne une piètre lecture. Nous sommes assis à même le sol ; nous ne voyons ni la femme ni l’enfant qui chacune tiennent un livre ouvert entre leurs mains. La femme feuillette Détruire dit-elle et l’enfant un livre pour enfants avec une couverture noire. Olivia Rosenthal dit : faites un exercice. Nous écoutons. Olivia Rosenthal ne lit pas toutes les pages qu’elle tient dans les mains. Olivia Rosenthal lit certaines pages. Pas toutes. Olivia Rosenthal saute des pages. La femme et l’enfant ne regardent pas Olivia Rosenthal. Ni la femme ni l’enfant n’écoutent Olivia Rosenthal. La femme repose le livre. Olivia Rosenthal nous prévint : je ne lirai toutes les pages. La femme reprend le livre. La femme s’approche de l’enfant. L’enfant lit des pages du livre et la femme lit par-dessus l’épaule de l’enfant. L’enfant est concentrée. Olivia Rosenthal est concentrée. La femme cesse de lire le livre de l’enfant. La femme embrasse du regard la librairie. Sa main, la femme la pose sur l’épaule de l’enfant qui cesse de lire et sourit à la femme. L’enfant ferme le livre et parle à la femme. La femme et l’enfant paient les deux livres. Le livre de poche pour adultes et le livre noir pour enfants. La femme et l’enfant sortent. Nous regardons la femme et l’enfant. L’enfant embrasse la femme et le livre tout contre son torse.
samedi 24 novembre 2007
vendredi 23 novembre 2007
Les clématites mauves et petites et roses et pâles, livides, en bordure du chemin dont les graviers gris crissent sous nos pas mal accordés murmurent décadencée une drôle de musique au gré des zigzags, virevoltes et virevousses effectuées.
(Chose vue) La femme regarde l’enfant. La femme est assise sur l’un des bancs en bois vert de la ville. La femme observe l’enfant et tient sur ses cuisses son livre ; un livre de poche. Ouvert. L’enfant joue à quelques mètres de la femme, dans le bac à sable. L’enfant ne regarde pas la femme. L’enfant regarde les vallons qu’elle construit dans le sable. A gauche de la femme, le dénicheur d’oursons, la statue, impavide, ne se laisse déranger ni par la femme et l’enfant ni par cette autre femme qui dépasse la femme et l’enfant. Edmondsson quitte le jardin. Ses boucles d’oreilles se balancent à la cadence de ses pas mais elle ne joue plus. L’enfant creuse le sable. L’enfant enfonce ses deux mains dans le sable dont les grains se faufilent sous ses ongles. Les ongles et les joues de l’enfant sont bruns de poussière. L’enfant ne regarde pas Edmondsson. La femme laisse le vent tourner les pages du livre de poche blanc posé sur ses cuisses ; son pouce marque la page et le paragraphe. La femme ne lit pas. La femme n’aime pas vraiment lire ; elle s’occupe. Elle lit tandis que l’enfant joue. La femme fait passer le temps. L’enfant se lève et regarde la femme. La femme ne regarde plus l’enfant. L’enfant appelle la femme. L’enfant veut que la femme la regarde. L’enfant crie, fort. Doucement ensuite. La femme tourne la tête, regarde l’enfant qui cesse et se laisse choir. Les genoux de l’enfant fléchissent d’un coup, comme ça, il s’écrasent et s’enfoncent dans le sol tendre. L’enfant joue.
mardi 20 novembre 2007
(Chose vue) La femme et l'enfant blotties sous le parapluie. La femme tient dans la main le parapluie. L'enfant la main de la femme. La femme la main de l’enfant. L'enfant s'agrippe à la main de la femme et au parapluie. La femme et l'enfant ne marchent pas. La femme et l'enfant se tiennent sur le bord du trottoir. La femme regarde la rue, les deux côtés de la rue. Les voitures vrombissent dans la rue. L'enfant compte les bandes blanches perpendiculaires à la grande rue. L’enfant s’approche du bord du trottoir, évite de poser les pieds sur les interstices des pavés de la rue. Dans la rue s'évasent de grandes flaques d'eaux sales, noires et grises ; boueuses. La femme patiente et recouvre de son autre main la main de l'enfant. La femme abaisse un peu plus le parapluie, se penche, la femme recouvre le corps entier de l'enfant sous le parapluie. La femme protège l'enfant. L'enfant se rapproche encore de la femme. Les corps de la femme et l'enfant collés l'un contre l'autre. L'enfant cale sa tête emmitouflée dans l'écharpe rouge et orange qui lui mange la moitié du visage tout contre le ventre de la femme. La tête de l'enfant cogne contre les boutons de l'imperméable jaune et fermé de la femme. La femme regarde l'enfant. La femme sourit. L’imperméable de la femme est fermé haut, le col masque le bas de sa mâchoire fine. La femme est belle. L'enfant relève la tête et regarde la femme. L'enfant sourit à la femme. La femme et l'enfant sourient protégées de l'averse par le parapluie.
dimanche 11 novembre 2007
samedi 10 novembre 2007
Werner Schwab, Extermination du peuple ou Mon foie n’a pas de sens, Acte 3
Texte français de Henri Christophe.
Dans la salle à manger stylée de madame Pestefeu. La famille Kovacic, madame Ver et Herrmann sont assis à table, encore en train de manger. Madame Pestefeu tourne autour de la société tout en parlant.
Mme Pestefeu : Tout le matériel convié a donc pris place comme il se doit et s’empiffre à ras bord comme il fallait s’y attendre. Madame Ver, distribuez le gâteau. On a pensé à tout, foi de Pestefeu… car à vous, tels que vous êtes, vous ne devriez accorder la moindre foi.
Je m’exprime les meilleurs vœux pour mon anniversaire et vous interdis formellement de m’imiter. Vivre pendant des décennies une vie telle que la mienne que j’ai vécue et que je vis, c’est toujours, vu du dedans, une outrecuidance curieuse que malgré tout je me suis permise et que je me permets toujours… sans même y penser, comme vous auriez pu penser,si vous étiez capable de penser.
Vous avez sans doute depuis toujours une envie folle de visiter de visu l’antre Pestefeu. Je vous en prie… vous êtes aujourd’hui au collet de l’occasion. Mais on a pensé à tout, foi de Pestefeu. Tout cela a ses prémices cachées et ses abysses lâchés.
Mme Kovacic : Nos meilleurs vœux pour votre anniversaire, madame Pestef…
Mme Pestefeu : Taisez-vous, ce que je dis je le pense. Jamais je ne vais au ceps sur les parkings devant les magasins d’alimentation. Et je ne répète pas non plus simplement des philosophèmes dessinés sur du papier hygiénique. Je ne vis rien de ce que vous, cerveaux-normatifs, êtes forcées ou capables de vivre comme ça, simplement. J’ai toujours tout tenté contre ma nature, savez-vous, et je connais comme vous un enthousiasme régional ou simplement populo-traditionnel pour la simple croûte bichromée d’un… mettons paysage. A chaque occurrence paysagère, cet élan juvénile contre une désespérance exemplaire, vous savez, un malheureux délire de persécution en justice… un prolétarisme autodicté. Mettons : une bouteille de cognac, le moins cher évidemment, pour une surface de vie rapée ou pour un paté de foie bien tassé, cent cinquante grammes en un seul tas, si possible, pour une sensation vitale coupée en tranches, savez-vous… Je n’ai pas reculée devant l’affliction, en vue de l’annexion totale, en vue d’une cohérence humaine parfaite. Gentillesse humaine, ai-je pensé un temps partiel, et j’ai tout couché dedans une seule phrase : ce sont tous des êtres comme moi. Mais ce n’était pas des êtres…et aucun être, seulement du pâté de foie tassé par un préalable ou, pour le dire plus exactement : ce n’était pas tous des êtres, et moi je n’ai jamais été un être humain.
M. Kovacic : En ce qui concerne le pâté de foie, je connais un boucher extra, Charlies Votilla, il a le meilleur mixage d’épices, bien sûr top secret. Et il est bon prix, le Votilla… C’est est un qui attache de son pâté de foie qu’à a bienheureuse clientèle, et à la fin, tout finit toujours bien.
Mme Pestefeu : Pour votre conditionnement décimé c’est sans doute un coup e masse bien intentionné, monsieur Kovac, mais il est trop tard, beaucoup de ratés de soi et de pâtés de foie trop tard, monsieur Kovac. Vous savez, ce côté bonne pâte, c’est le côté populaire flou, la face totale définitivement satisfaite. Toute perception qui se mue en multitude extermine… extermine… extermine.
M. Kovacic, à madame Kovacic : C’est simple, je ne la comprends pas la vioque.
Madame Kovacic lui fait signe de se taire.
Mme Pestefeu : Bien sûr que non, Kovac. Autrement vous devriez mourir sur le champ. Monsieur Kovacic fait signe en cachette qu’elle est toquée. Un paysage se pose sur chaque être vivant et écoute. Trop d’air, murmure-t-il, le paysage. Il faut se restreindre, se résigner, se fractionner avant d’être soulagé dessus la terre. Je hais les enfants et le travail posté, savez-vous. La théorie d’un paysage est un mirage en termes de travail , auquel on doit accorder son consentement. L’unique exterminant est le côté paysage en soi, savez-vous, mais vous ne le savez pas puisqu’il vous faut tout fractionner, puisque c’est pour vous une nécessité vitale, puisque rien ne peut exister ne serait-ce que par traces.
Mme Ver : Tout paysage pourtant a son charme paysager, et un travail fait toujours bon sens dedans les mains, peu importe comment le travail a poussé.
Mme Pestefeu : Positionnez-vous devant une glace, madame Ver, et dites : Ceci est mon pays. Ensuite contemplez votre enfant, Herrmann, votre chair forée, en tant que paysage que vous fut fait à une heure de faiblesse désirante. Votre Herrmann, c’est de la vie dépecée, madame Ver, moi, par chance, j’ai réussi à me pétrifier. Sans scrupules, vous autres, vous engendrez le tourment dans la mort.
Hermann laisse échapper des sanglots sur la table.
Mme Kovacic : Mais tout ça c’est affreusement épouvantable, mais tout ça c’est… dégénéré, comme on dit.
Mme Pestefeu : Mais enfin, madame Kovac, c’est la langue, la langue réagissante seulement qui décolle comme l’oiseau, chimère proférées, savez-vous., je n’ai jamais eu personne, des décennies d’impatience, un isolement impitoyable… tout ce qui m’emplissait… abandonné par moi… Pourtant madame Kovac, je n’ai que moi, exclusivement… et j’ai entendu dire qu’on pouvait faire ce qu’il y a de plus beau avec la meilleur langue qui soit, ce qu’il y a de plus singulier avec une langue aussi extatique que possible. Sachez donc encore, madame Kovac, que tout ce qui est possible doit être possible en tant que langue. Elle touche du bout du doigt le bout du nez de madame Kovacic après s’être approchée d’elle de manière démoniaque. La langue de la langue est encore mieux, et de beaucoup, que le marc de café. Non pas que le marc de café serait moins favorable, non, pas moins favorable qu’un quantum, simplement moins beau, savez-vous, espèce de Kovac au féminin.
Mme Kovacic : Pour un juste Ciel, ne me touchez pas, madame Pestefeu, je ne peux pas accomplir ça.
M. Kovacic : Ne m’attaquez pas par la face de ma femme.
Mme Ver : Mais pourquoi, une noble hautement solitaire comme vous, ‘navez vous pas attrapé un homme qui aurait pu emporter votre vie ?
Herrmann : Ferme donc ton clapet subliminal, maman, qu’est-ce que tu en sais toi, de tout ce qu’on peut savoir.
Madame Ver regarde Herrmann, éberluée.
M. Kovacic: Madame Pestefeu et une veuve indécrottable, voilà.
Mme Pestefeu : Exactement, mon éphémère de Pestefeu, savez-vous, un misérable chien d’arrêt allemand. Gynécologue, savez-vous, avec une formation psychanalytique. Freud, vous savez sûrement, l’horizontale comme base de formation de rapports cordiaux.
Herrmann : Mais pour l’heure, nous sommes invités chez madame Pestefeu. La vie peut aussi évoluer vers la verticale, dans son ensemble. La vie en ce moment n’est tout de même pas si malpourrie que ça, pas vrai, monsieur Kovacic.
Il boxe gentiment monsieur Kovacic à l’épaule.
M. Kovacic, outré : Pas toi… tu devras te décomposer avant même qu’une mort vienne t’allonger. Toi, au moins, tu n’as pas d’autre choix, chien éclopé. Moi, je dois nourrir mes bonnes femmes à fond, les labourer à fond, jusqu’à ce que tout ait trouvé des ramifications. Moi, je dois tenir bon à perpète…
Il est soudain pris d’un rire hystérique.
Mme Kovacic, outrée : Par les coronaires de mon âme, j’ai toujours sur que tu ne pouvais pas être mon mari-mari. Toi… tu es un sous-horrible trompêreur. La mère de tes enfants, tu ne la verras plus. Mes yeux sont dessillés. C’est terminé.
M. Kovacic : Qu’est-ce qui est terminé, là ?
Désirée [fille Kovacic] : Couchée, maman, tout est très particulier.
Mme Pestefeu, riant : Mesdames et messieurs, allez, coulez telles des particules lourdes dans une accalmie. Je vois avec une satisfaction joliment teintée que ma mauvaise influence peut encore produire de l’effet. Alors que pendant des décennies j’ai dû me digérer moi-même et que mon cœur battait pour me rendre compte avec vaillance que mon influence devait être un mauvais écoulement, qu’une véritablement bonne intention pouvait être un moyen de déraillement général. Tout ce qui valait d’être aimé semblait toujours ne contenir que de brefs instants supportables.
Mme Ver : Mais enfin, madame Pestefeu…
Mme Kovacic : S’il faut être un surhomme à ce point compliqué, vous auriez dû choisir un homme supérieur au plan sensé qui aurait pu vous fournir une satisfaction tranquille.
Mme Pestefeu : Madame Kovac, vous avez toujours pu n’être qu’une mauvaise herbe au bord d’une route quelconque… te d’un pied léger, vous avez pu trouver votre herbicide, à savoir votre Kovac.
M. Kovacic : Kovacic… Kovacic.
Mme Pestefeu : Mais le véritable crétinisme et je souligne véritable, et je souligne crétinisme, finit par se loger dans la soi-disant intelligence, savez-vous, madame Kovac, savez-vous, monsieur Kovac… mon Ver-bot [Herrmann, qui a un pied-bot] n’est plus obligé de savoir cela. La mauvaise herbe est toujours un ersatz pour toutes les abominables végétations. C’est pourquoi ce jour d’aujourd’hui, tout réclame une fin réellement effective.
Herrmann : Madame Pestefeu, ma laideur m’a incorporé dedans ses difformités, et la laideur montre toujours ses limites des paysages qui divisent tout par le bas. Vous m’avez démontré combien je dois être laid et qu’il existe une mort à soi que Dieu n’a pas développée lui-même. Je… je veux rentrer… dedans le néant, là où les mauvais tableaux ont aveugles à une laideur propre.
Mme Ver : Tu vas conserver ton douloureux clapet dans ta solitude maintenant, Herrmann. La vie vaut d’être vécue parce qu’elle a la forme de la vie…point final.
Désirée : Je devrais exprimer quelque chose, si j’ai le droit. C’est que le vie et toujours présente, automatiquement, et si on peut trouver un petit bonheur de jouissance, la vie vous embrasse d’elle-même… non ?
Bianca [Fille Kovacic] : Justement, tout le monde a la baisante. C’est normal, bien sûr, comme on doit l’être le cours de la vie entière.
Désirée : Bien sûr, baiser, c’est super.
M. Kovacic : C’est que mes filles connaissent l’adresse de la vie. Couche-toi là et vlan… et la vie se tiendra bien tranquille.
Mme Pestefeu : Modérez-vous, Kovac.
M. Kovacic : Kovacic… Kovacic, vieille schnoque.
Mme Kovacic : Modère-toi Kovacic.
Monsieur Kovacic regarde sa femme, éberlué, Madame Pestefeu part d’un grand rire.
Herrmann : Moi je n’ai encore jamais… encore jamais avec une fille…
Mme Ver : Je l’espère bien de toutes mes forces d’une volonté, puisque tu n’es rien sans moi.
Désirée : Herrmann trouvera bien un jour une éclopée ou une lilliputienne où il pourra enfoncer son petit ver. Là où il y a de la vie, il y a un bouchon… et vice versa.
Mme Kovacic : Modère-toi, Désirée.
Bianca : Modère-toi, Désirée.
Elle rit… toutes deux rient.
Mme Pestefeu : Vous voyez, on le voit déjà, tout va assez heureusement à vau-l’eau. Seul ce qui est mort renâcle perpétuellement. Je suis condamnée, savez-vous. Il n’y a personne pourtant qui aurait vraiment pu m’écarter de façon inconvenante. Vous savez… accorder une égalité des chances à ce qui n’a pas de sens, j’ai toujours eu le sens de cela. J’étais allongée à côté de mon gynéco psychologisant et composais dans ma tête des chansons repoussantes, jusqu’à ce qu’il s’endorme.
Elle se rend près d’Herrmann et lui pose une main sur l’épaule. Vous savez… ma vie d’aujourd’hui… contrainte à la floraison parce que je l’ai octroyée à un anniversaire alors que j’abhorre tout ce qui enflamme les occasions. Et dans l’accomplissement que j’ai voulu vous faire partager, je n’ai qu’un anniversaire très prétextuel. Je n’ai dedans mon évidence, comme vous diriez, pas d’anniversaire du tout… comme tout être raisonnable. Je suis morte avant mon devenir. Je n’ai vraiment personne, je n’ai que vos mortels bruits vitaux que j’abomine depuis toujours et que je dois nécessairement haïr… à ma fin réellement effective.
Herrmann pousse un sanglot.
[…]
(Chose vue) La rue encombrée. La rue est encombrée et les échafaudages. Dans la rue encombrée par les échafaudages les piétons peinent à avancer. La lumière est belle, ce soir. La température est basse et la ville humide, les gouttelettes de pluie, fines, font se crisper les visages, elles apparaissent dans les phares jaunes ou blancs des voitures empêchées et pressées aux carrefours de la ville ce soir. Vendredi. Vendredi soir, l’excitation citadine est palpable. Ressentie. Chacun se dépêche ; il est question ce soir de se défouler. Demain est un jour calme un peu. Sans travail. Les klaxons. L’heure chienne est hivernale. L’on ne sait pas. Il fait jour et nuit dans le même temps. L’on ne sait pas. Cela ne durera pas. Bientôt les choses rentreront dans l’ordre ; la nuit. La femme dans la rue tient l’enfant par la main. L’enfant se laisse porter par la main de la femme. Elle la guide. La main de la femme guide celle de l’enfant et tout son corps avec. La femme et l’enfant descendent du bus. La femme fait un grand pas et du bus au trottoir elle enjambe le caniveau. L’enfant fait un saut, s’appuie et s’aide de la main de la femme, l’enfant saute du haut bus jusqu’au trottoir ; l’enfant saute par-dessus le fleuve, le caniveau. L’enfant sourit. Victoire. La femme ne voit le sourire de l’enfant. La femme ne regarde pas l’enfant. La femme regarde le pictogramme vert qui devient rouge. La femme et l’enfant ne traverseront pas la rue. Elles patientent. La femme et l’enfant patientent.
mercredi 7 novembre 2007
(Chose vue) la femme et l’enfant assises sur le banc. La femme et l’enfant patientent sous l’auvent. Le bus. Son arrivée. L’enfant parle à la femme. La femme répond à l’enfant. La femme acquiesce aux propos de l’enfant. L’enfant narre des choses et d’autres très inventées très vraies très belles. L’enfant parle de la peur. L’enfant eut peur aujourd’hui. L’enfant eut peur cette nuit. La femme dit à l’enfant que les choses qu’elle raconte sont fausses ; elles n’existent pas. L’enfant réplique qu’elle sait, l’enfant sait ce qu’elle dit ; les choses, elle les vit. L’enfant jette un regard noir sur la femme. L’enfant se lève. L’enfant saute du banc au sol. Plutôt. Elle s’aide des deux mains qu’elle appuie, les paumes bien à plat, sur le banc. L’enfant pousse avec les mains, se soulève et d’un mouvement du bassin elle se retrouve sur ses pieds et fait face à la femme. La posture de l’enfant est crâneuse. L’enfant se tient les jambes un peu écartées, les mains maintenant sur les hanches et le menton vers le Bosphore d'Almásy. L’enfant répète encore ses mots. La femme sourit. La femme se moque de l’enfant. La femme tend la main vers l’enfant. L’enfant recule. L’enfant ne veut de la méchante délicatesse de la femme ; l’enfant ne ment pas. L’enfant insiste. La femme n’écoute plus l’enfant. La femme se lève, s’approche du bord du trottoir, et observe le bus à l’arrêt devant le sémaphore à quelques mètres du auvent transparent. La femme prend de force la main de l’enfant qui ne veut pas.
mardi 6 novembre 2007
(Chose vue) La descente de la rue effectuée tôt le matin. Le jour n’est levé, quelques trop rares et pâles étoiles peinent à se démarquer du ciel noir. Les gyrophares de toutes les couleurs des voitures bleues et blanches et rouges illuminent plus la rue que les lampadaires publics et blafards. Des hommes en uniforme et variés repoussent les badauds. Quelque chose est sur le trottoir. La forme est pittoresque, recouverte. La femme voit les hommes et la forme au sol et glisse sa main du front vers les yeux de l’enfant. Les deux mains de l’enfant s’y agrippent. L’enfant effectue quelques mouvements de la tête. Rotation. L’enfant tente de se dégager. La main de la femme sur son visage l’empêche de voir. Les hommes aux uniformes bleus, rouges, noirs. L’enfant tire la main de la femme. L’enfant veut découvrir ses deux yeux et mirer les hommes aux uniformes et la forme tordue cachée sous la brillante couverture. La femme et l’enfant ne marchent plus. La femme s’arrête et s’accroupit devant l’enfant. La femme ôte sa main des yeux de l’enfant mais tient son visage avec les deux calées contre les joues de l’enfant. La femme parle à l’enfant. La femme explique à l’enfant. L’enfant enserre la femme par le cou et se laisse emporter par la femme qui se relève. L’enfant serre ses jambes qu’elle cale sur les hanches de la femme, pose sa tête sur son épaule ; ses yeux sont clos. Les bras de la femme serrent l’enfant, l’emportent loin du corps défenestré. La femme et l’enfant, elles sourient.
