samedi 21 novembre 2009

Allez encore un effort camarades.

dimanche 18 octobre 2009


L’instant perpendiculaire, la station debout et toi allongée dans le lit. Toi nue dans le lit avec ton corps recouvert par la couverture et moi très habillé avec les chaussures lacées et presque je suis parti déjà. Je t’embrasse. Je caresse ton visage, ma main sur ta tête, ta joue, je te respire ; tu sens la nuit, le calme du sommeil. Tu sens bon. Je m’éloigne et tu demandes de t’embrasser encore. Si je veux bien, moi debout dans la pièce avec mes chaussures, t’embrasser encore. Je t’aime vraiment bien, dis-tu.

Photo : Fred Muram - Kissing the Ceiling - Tamar and Noah (2008)

jeudi 20 août 2009

(Chose vue) L’homme et l’enfant. L’homme dans la chambre de l’enfant. L’homme dans la chambre qu’il préparait pour l’enfant. L’enfant ne sait pas que c’est sa chambre désormais. La nouvelle chambre de l’enfant. Elle exhale une trop forte odeur de peinture, de neuf, et l’enfant se demande pourquoi l’homme s’extasie tant devant ces murs d’un moche rose bien trop pâle. L’enfant ne pipe mot, trouve les décalcomanies à l’effigie de Mon Petit Poney (♥) ignobles. Elles se décollent par certains côtés, en plus. L’enfant elle préfère, par exemple, Lady Oscar. Hors les peintures et décorations murales l’enfant ne comprend pas les paroles de l’homme. Ici, les objets sont les mêmes que ceux dans sa chambre mais ils sont différents. Très. Brillants. Ou neufs, peut-être. En tous cas, ils ne sont pas disposés comme ils devraient l’être et la fenêtre n’est pas à sa place. Alors chacun des meubles qui remplissent la pièce n’y sont pas non plus. L’enfant demande à l’homme quand elle rentrera chez elle. L’homme sourit à l’enfant mais ne lui répond pas. L’enfant hausse les épaules et fait sauter hors de la caisse en plastique quelques-uns des jouets qu’elle étale sur le lit. Elle joue mais l’homme reste dans l’embrasure de la porte. L’homme dérange l’enfant. L’homme regarde l’enfant et l’enfant n’aime pas être observée par l’homme. L’enfant tourne la tête vers l’homme et lui demande pourquoi il reste là. L’enfant répète la question et ne comprend pas la réponse de l’homme : je te regarde jouer.

vendredi 29 mai 2009

(Chose vue) L’homme et l’enfant dans le supermarché. Dans la file stationnée à quelques mètres du tapis roulant qu’actionne le pied invisible de la caissière. Un à un, elle passe les codes barres devant la vitre qui abrite le rayon rouge et émet un son aigu à chaque fois que la machine reconnaît l’une ou l’autre des informations absconses. L’enfant répète après la machine. L’enfant imite la machine et se fait sermonner par l’homme qui lui intime l’ordre de se taire. L’homme dit à l’enfant de ne pas imiter la machine. L’enfant se tait. L’enfant tourne autour de l’homme encombré : il tient dans une main une serviette en cuir noir et de l’autre un panier en plastique vert rempli de provisions, enfin, une sacoche en tissu synthétique en bandoulière. L’homme demande à l’enfant d’arrêter de remuer. L’enfant cesse. Elle se tient coite à la droite de l’homme. Entre l’homme et l’enfant, le panier à provisions qui ne contient rien de fameux. De la nourriture utilitaire. Sans intérêt. Pas de chocolat. Ni de pâte à tartiner. L’enfant demande à l’homme qui dit non avant que l’enfant n’ait terminé sa phrase. L’homme débute un discours pénible. Il est question de dentition, de légumes, de poids idéal. L’enfant n’écoute plus l’homme mais regarde, derrière eux, un rayon achalandé de stylos, cahiers et autre matériel de bureau. Dont une splendide petite corbeille à papier rouge sur laquelle est dessiné, en noir et blanc, un petit garçon en-dessous duquel l’enfant déchiffre l’inscription Le petit Nicolas.

mercredi 27 mai 2009

(Chose vue) Dans la rue l’homme et l’enfant se toisent l’un l’autre et ne marchent pas. Ni l’homme, ni l’enfant. L’enfant est les deux poings très serrés, les bras le long du corps. L’homme, les deux bras de l’homme brassent l’air de la ville de ses deux grands bras. Les deux bras de l’homme font de larges mouvements. L’homme montre à l’enfant un côté de la rue puis l’autre et les voitures qui filent à toute allure. Les veines temporales mauves de l’homme grossissent à mesure que les ongles de l’enfant s’enfoncent dans ses petites paumes. L’homme gronde l’enfant. L’homme crie. La femme ne criait pas. L’homme apprend à se comporter avec l’enfant. L’homme manque de tendresse envers l’enfant qui le lui rend bien. L’enfant se renfrogne et répète qu’elle n’est pas un enfant. L’homme dit le contraire. L’homme dit à l’enfant qu’il est un enfant et qu’il est l’homme. L’enfant doit écouter l’homme. L’enfant doit faire ce que dit l’homme. L’enfant a peur et acquiesce. L’enfant ment mais l’homme ne le sait pas. Les bras de l’homme ne sont plus menaçants et les poings de l’enfant ne se desserrent pas. Les ongles s’enfoncent petit à petit dans le creux des mains de l’enfant. L’enfant sent battre le sang dans ses mains, n’ouvre pas les mains et refuse la main de l’homme qui lui tend la sienne. L’homme sourit, prononce quelques phrases apaisantes et propose encore sa main. L’enfant refuse la main de l’homme. L’homme pousse l’enfant d’un geste vif, l’homme fait vaciller l’enfant et l’oblige à marcher.

(Chose vue) L’homme et l’enfant sur le quai de la gare face au train gris dont les portes se ferment. L’homme et l’enfant font un signe vers la femme qui. Ils voient leurs reflets dans la vitre du train et agitent leurs mains vers la femme. L’homme et l’enfant restent à quai et elle dans le train peut-être elle les regarde. L’homme et l’enfant ne savent pas. L’homme et l’enfant ne voient pas la femme dans le train et l’homme et l’enfant ne savent pas quoi faire de leurs deux mains entrelacées. Depuis longtemps l’homme et l’enfant perdaient. L’homme et l’enfant ne sont pas habitués d’être main dans la main. Tu viens, dit l’homme à l’enfant. À l’enfant qui sait n’avoir guère le choix. L’enfant laisse sa main traîner dans celle de l’homme et le suit sur le quai, dans le hall puis les escaliers mécaniques vers les souterrains métropolitains et l’autre quai ; enfin la rame dans laquelle ils s’assoient. L’un à côté de l’autre. L’enfant regarde l’homme qui regarde à travers la vitre les tunnels décorés de quelques tags. L’homme compte les néons, et ne sait toujours pas combien de tubes parcourent l’ensemble des cent-soixante-trois kilomètres métropolitains. L’enfant ne compte pas les stations et l’homme ne lui indique pas le nom de la station où ils descendront. L’homme pense que l’enfant sait. L’enfant ne sait pas. L’enfant ne connaît pas le prénom de l’homme. L’enfant fait confiance à l’homme. La femme confiait l’enfant à l’homme. La femme fait confiance à l’homme, l’enfant croit en l’homme.

mercredi 29 avril 2009

tergiverser : atermoyer, balancer, barguigner, biaiser, composer, consulter, délibérer, douter, ergoter, errer, feinter, finasser, hésiter, louvoyer, marchander, osciller, se tâter, temporiser, tortiller.

Antonymes : décider

vendredi 24 avril 2009


© April - New Math by Craig Damrauer



mardi 14 avril 2009

Le capital, ce produit du travail de l’espèce humaine, accumulé entre les mains de quelques-uns, il fuit – nous dit-on –, l’agriculture et l’industrie, faute de sécurité.

Mais où donc va-t-il se nicher, lorsqu’il sort des coffres-forts ?

Parbleu ! Il y a des placements plus avantageux ! Il ira meubler les harems du Sultan ; il ira alimenter les guerres, soutenir le Russe contre le Turc, et, en même temps, le Turc contre le Russe.

Ou bien encore, il ira un jour fonder une société d’actionnaires, non pas pour produire quoi que ce soit, mais simplement pour amener dans deux ans une faillite scandaleuse, dès que les gros bonnets fondateurs se seront retirés en emportant les millions que représentent ‘le bénéfice de l’idée’.

Ou bien, ce capital ira construire des chemins de fer inutiles, au Gothard, au Japon, au Sahara s’il le faut – pourvu que les Rothschild fondateurs, l’ingénieur en chef et l’entrepreneur y gagnent quelques millions.

Mais surtout, le capital se lancera dans l’agiotage : le jeu en grand à la Bourse. Le capitaliste spéculera sur la hausse factice des prix du blé ou du coton ; il spéculera sur la politique, sur la hausse qui se produira à la suite de tel bruit de réforme ou de telle note diplomatique ; et souvent ce seront – cela se voit tous les jours – les agents même du gouvernement qui tremperont dans ces spéculations.

L’agiotage tuant l’industrie, c’est cela qu’ils appellent la gérance intelligente des affaires ! C’est pour cela que nous devons – disent-ils – les entretenir !



Piotr Alekseïevitch Kropotkine, Paroles d’un révolté.

lundi 23 mars 2009

This is no time for Schopenhauer. This is important.